Premièrement, les défis sociaux que nous avons à relever sont majeurs. Certes, certains de ces défis sont à rattacher à la croissance économique et au développement technologique pour leur trouver une solution, mais avant toutes choses, ce que le sociologue que je suis constate, c’est une croissance, année après année, des inégalités sociales.

Deuxièmement, plus personne n’est à l’abri d’une perte d’emploi, non pas seulement à cause d’une société qui passe de plus en plus du salariat au précariat, mais bien parce que l’automatisation, dopée à l’intelligence artificielle, risque de fournir à de moins en moins de gens un avantage comparatif sur le plan économique.

Le sociologue Emile Durkheim disait, à la fin du XIXe siècle, que c’est par la division du travail (spécialisation) que l’avantage comparatif produit du lien social et de la cohésion sociale. Quel avantage comparatif un individu pourra-t-il avoir face à des systèmes artificiellement intelligents ?

Les défis sociaux qui nous attendent dans les 5 à 10 prochaines années à venir sont colossaux, ne serait-ce qu’ici même au Québec. Et on n’a encore rien vu, car le fossé social ne fera que s’agrandir. Il n’y a qu’à voir comment, désormais, plusieurs travailleurs à salaire minimum doivent recourir aux services d’une banque alimentaire.

Troisièmement, à tous ceux qui me diront que ce sont les secteurs économiques à haut rendement cognitif et à haut rendement créatif qui seront épargnés, je ne miserai même pas 10$ là-dessus. J’ai des collègues qui sont détenteurs d’un doctorat en mathématiques, en physique, en biologie et en biochimie et qui travaillent au salaire minimum dans des commerces au détail. Si ceci est un signal que nous renvoie notre époque, il y a de quoi être inquiet.

Et c’est là où intervient le sociologue, celui que l’on dit si souvent inutile et «pelleteur de nuages», car il a la formation voulue pour analyser ce qui se trame actuellement.

© Photo : Yanni Panessa /  Texte / Pierre Fraser