Quand l’image domine, que faut-il faire ?

Quand l’image domine dans notre société, qu’elle investit le moindre recoin de nos vies, il importe de jeter un regard critique pour savoir comment l’image est vu et produite.

Pour bien comprendre ce qui se passe actuellement comme phénomène social à propos de l’Image, il faut effectuer un petit retour dans un passé pas si lointain.

Depuis le début des années 2000, sous la pression croissante d’Internet, l’impression des journaux papier, leur diffusion et leur distribution, ont commencé à chuter de façon quasi inversement proportionnelle au déploiement des géants du Web, alors en construction, qui ont alors développé des outils de plus en plus performants pour s’approprier le contenu produit par les salles de nouvelles et en tirer au passage des revenus tout de même substantiels.

Au même moment, quelle ne fut pas la consternation des médias télévisuels de constater que leur auditoire s’amenuisait jour après jour, alors que les internautes se tournaient de plus en plus vers des sources d’information en ligne.

Alors que les revenus des médias écrits chutaient, des experts du Web sont venus leur dire qu’ils devaient mettre leur contenu en ligne afin de tirer profit de la révolution électronique en cours. Autrement dit, faire migrer en partie la publicité vers les contenus en ligne en intégrant de plus en plus de contenus en ligne ; un genre de quadrature du cercle. Aujourd’hui, on le sait, cette approche n’a pas été des plus rentables.

Par la suite, d’autres experts du Web sont venus dire aux médias de masse que leur avenir était dans le multimédia. C’est alors que les photographes de presse, par une simple adéquation formulée par leurs patrons (nos photographes sont des spécialistes de l’image, ils tourneront donc des capsules vidéos) sont devenus, du jour au lendemain des spécialistes de la photographie, de la captation vidéo et de l’enregistrement audio.

Poussant cette adéquation encore plus loin, les dirigeants des grands médias se sont dits, une fois les technologies numériques arrivées à maturité, une fois la fibre optique installée un peu partout et une fois le Wi-Fi bien implanté, que ce nouvel homme ou femme orchestre pourrait bien tout faire. Pourquoi ne pas leur faire faire du montage à partir de leur ordinateur portable et expédier le tout par Internet sur les serveurs des médias ?

Et c’est là où la révolution a vraiment eu lieu, dans les technologies et pas ailleurs. Je m’explique. Si la capsule vidéo traditionnelle exigeait un caméraman, un preneur de de son, parfois un spécialiste en éclairage, un journaliste et un monteur, il est désormais possible de tout concentrer dans une seule et même personne.

Ce que l’histoire des dernières années nous a enseigné, c’est que tout ce déploiement technologique pour produire de la nouvelle n’a pas vraiment servi les intérêts financiers des médias de masse, mais bien celui des Google et Facebook de ce monde.

Il ne faut pas jouer à l’autruche, mais bien se rendre compte que produire du contenu, malgré toutes les nouvelles technologies numériques disponibles, coûte cher aux grands médias, pour la simple raison que l’internaute est une bête vorace qui doit être constamment alimentée en nouvelles et en images de toutes sortes. Autrement, il fait défection. Par exemple, certains journaux européens veulent que Google leur reverse une part des profits engrangés.

D’ailleurs, Pinto Balsemao, président de l’EPC, « a expliqué que les moteurs de recherche tirent plus de 90 % de leurs chiffres d’affaires de la publicité,  et une partie importante de ceux-ci proviennent directement ou indirectement de l’accès gratuit aux nouvelles professionnelles ou aux contenus de divertissement produits par les médias. Or cette utilisation par Google est effectuée sans l’autorisation des détenteurs des droits ou sans paiement en retour. Tous les agrégateurs comme Google devraient donc payer a-t-il ainsi conclu. »

Et si cette révolution technologique n’a pas fonctionné pour les grands médias de masse, du moins pas encore, il n’en reste pas moins qu’elle a un impact certains pour de plus petits joueurs. En fait, pour tous ceux qui, comme nous le faisons chez Photo|Société, veulent rendre compte des défis de société à travers l’image, la porte est grande ouverte à une information de qualité équivalente à celle des médias de masse.

Et quand  les médias de masse tentent par tous les moyens possible de nous faire croire qu’ils sont l’un des piliers de la démocratie et que leur « objectivité journalistique » est garante de ce processus, ils ont en partie raison, mais ils ont aussi en partie tort, car au-delà du journalisme d’enquête, que reste-t-il de réellement concret aux médias de masse ? Les propos de critiques de cinéma, de littérature, de musique et de culture ? Les propos des journalistes du sport ?

L’information n’est plus l’apanage des médias de masse. L’information est désormais l’apanage de tous, peu importe la forme qu’elle prend. Et s’il y a des fake news, c’est que, si, comme le disait Benjamin Franklin, « nous avons les gouvernements que nous méritons », nous avons désormais les informations que nous méritons.

© Pierre Fraser (Ph. D.), 2018 / texte
© Photo : Samule Son

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