Vêtements fripés et classes sociales

Les attitudes corporelles construites à partir de corps fatigués, de vêtements usés et élimés, la démarche lente et les itinéraires discrets, en contraste avec l’environnement global mobile, traduisent une certaine inertie, un certain abandon au sort. À l’inverse, les corps jeunes et énergiques, vêtus à la dernière mode et à la démarche affirmée sont en contraste, dans les sociétés occidentales, avec une large part de la population vieillissante. Tous ces types de silhouettes construisent l’insolite en contexte. Concrètement, la géométrie sociale se construit toujours à partir de contrastes, de là la nécessité de tout un travail de typification des attitudes corporelles qui reste encore à faire.

La photo de l’entête traduit deux phénomènes : (i) la façon de se vêtir de certaines personnes démunies et la posture corporelle, parfois prostrée, des gens défavorisés (certes, tous les gens défavorisés n’ont pas une posture corporelle prostrée ni ne porte tous des vêtements défraîchis) ; (ii) la façon dont les attitudes corporelles des uns et des autres entrent en contraste (le vieil homme au dos voûté et aux vêtements élimés s’est arrêté un instant devant un jeune couple en face de lui, jeune couple aux corps droits et aux vêtements frais et propres).

Au total, en ce qui concerne cet homme sur la photo, les vêtements fripés et élimés, la posture du corps, l’âge de l’homme, sont tous des repères visuels qui tracent des parcours d’interprétation à la fois visuels et sociaux, délimitent un territoire visuel et social, le quartier St-Roch de Québec, quartier en processus de revitalisation, où se vit la mixité entre gens bien nantis et démunis.


Pierre Fraser (Ph. D.), 2016

 

 

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