Architecture et territoire visuel

Un territoire visuel est composé de l’ensemble de tous les repères visuels, formant ainsi des parcours visuels qui créent du sens, et dont le but est d’informer sur son utilisation (comment utiliser) et sa fonction (ce à quoi il est destiné). La toute dernière création de l’architecte canadien Omar Ghandi, un chalet haut de gamme, traduit fort bien cette définition. Il s’agit d’une habitation riveraine, appelée Sluice Point, située à Argyle, une petite ville située au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse au Canada. Ce chalet a spécifiquement été conçu pour une famille demeurant en Suisse et qui aime particulièrement les activités de plein air telles que la natation, la navigation de plaisance et la randonnée.

Sur la photo ci-dessus, ce que l’on voit, c’est l’arrière de la demeure. Mais, tout d’abord, qu’est-ce qui nous permet d’affirmer qu’il s’agit d’une demeure ? En fait, quatre repères visuels nous permettent d’y parvenir rapidement : les fenêtres, la porte d’entrée, les murs et le toit. C’est donc dire que chacun de ces repères visuels est socialement codifié, donc rapidement interprétable, et que l’ensemble de tous ces repères forment un parcours visuel, c’est-à-dire que notre œil est en mesure de tracer rapidement un territoire visuel circonscrit qui informe sur son utilisation et sa fonction. Le territoire  visuel ici délimité est une habitation. Le design architectural, quand on l’analyse sous l’angle du territoire visuel, n’est finalement qu’une variation dans la forme même des repères visuels, et l’interaction qu’entretiennent entre eux tous ces repères visuels forme un parcours visuel spécifique interprétable par tous et chacun.

Donc, si le design architectural n’est qu’une variation dans la forme des repères visuels qui n’affecte en rien l’utilisation et la fonction d’un territoire visuel, c’est donc dire que certains designs architecturaux, comme celui ici présenté par Omar Ghandi, s’adressent à différentes classes sociales. Partant de là, qu’est-ce qui permet d’affirmer que le design architectural s’adresse à une classe sociale supérieure ? Encore là, ce sont certains repères visuels qui permettent d’y parvenir dont les lignes épurés, les matériaux utilisés, la localisation de l’habitation.

La photo ci-dessous rend compte de cette idée que le design détermine la quelle classe sociale à laquelle il est destinée. Rares sont les gens des strates médiane et inférieure de la classe moyenne qui seraient en mesure de se payer une telle résidence, et encore moins le design des repères visuels qui la constituent. Même si nous sommes tous en mesure d’identifier les repères visuels que sont la chaise, le tabouret, le foyer et la lampe, nous savons tous fort bien que seules quelques personnes peuvent se permettre d’en acheter  avec un tel design.

En somme, le design, même s’il est partout, même dans l’appartement le plus miteux tout comme dans le bungalow de la banlieue nord-américaine ou dans la demeure de luxe, possède ses propres repères visuels qui permettent d’identifier la classe sociale à laquelle il est destinée.

© Pierre Fraser, Ph. D. / texte
© Jenna McKnight / photographies

 

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