Design et rejet social : le cas du Juicero d’Yves Béhar


Si un bon design cherche avant tout à nous faciliter la vie, et que ce design, s’il est massivement adopté, conditionne alors de nouvelles attitudes sociales et de nouveaux comportements, il se peut aussi qu’un bon design passe complètement à côté. Le tout dernier concept du designer Yves Béhar semble bien se situer dans cette dynamique.

Le presse-agrumes conçu par Yves Béhar pour le compte de la start-up californienne Juicero, a particulièrement été décrié sur les réseaux sociaux après que des journaliste de Bloomberg aient montré que deux mains pouvaient faire le même travail que cette machine coûtant au bas mot 400 $. L’idée, calqué sur celle de la machine à café Nespresso, utilise des sachets pré-emballés de fruits et légumes qui valent chacun entre 5$ et 8$.

Il faut bien voir que tout rendre technologique n’est peut-être pas toujours la meilleure solution. Le Juicero, activé par Wi-Fi — parce qu’il faut bien mettre de la techno vendeuse dans un appareil électroménager —, après avoir balayé le code QR inscrit sur le sachet, rejettera automatiquement ceux qui sont plus difficiles à presser quand il reste de moins en moins de jus, alors qu’une bonne paire de mains y parviendra sans problème, sans compter que ce  presse-agrumes n’est pas conçu pour traiter les fruits ou légumes frais du supermarché.

Les investisseurs derrière ce presse-agrumes, et ils sont de taille, dont la société mère de Google, Alfabet, ont investi plus de 120 millions de dollars pour seulement lancer le projet. Même plus, la société Fuseproject d’Yves Béhar et la start-up Juicero ont travaillé pendant plus de deux ans pour concevoir la machine en question. Au final, même si la porte de chargement des sachets de jus est fait du même aluminium que celui des portes d’avions de ligne, même si l’appareil est contrôlé par Wi-Fi, force est de constater que tout ne doit pas être « technologisés ».


Il faut aussi voir comment la représentation marketing (photo ci-dessous) cherche à vendre cet appareil en mettant en scène un Juicero encore tout propre bien qu’il ait été utilisé, et comment la jeune femme, issue de la diversité ethnique, et qui apprécie ce qui est tendance, semble tout à fait heureuse de boire un jus pressé par les bons soins d’un presse-agrumes qu’elle a payé 400 $. S’il était possible de pousser plus loin l’analyse de cette campagne marketing, on se rendrait vite compte que seule une certaine classe sociale est en mesure de se permettre un tel achat, celle des early adopters.


Autrement, le discours écologique est aussi mobilisé dans la publicité, sachant fort bien que la clientèle visée est particulièrement entichée des questions qui relève de la santé, du naturel, du non transformé, et de la protection de l’environnement.


Il suffit également de visionner la vidéo de promotion du Juicero pour se rendre compte à quel point la notion d’aliment fonctionnel (nutraceutique) est mise d’avant, car paraît-il que les flavonoïdes nous rendraient heureux, ces merveilleux flavonoïdes que la « Mère Terre » aurait mis des millions d’années à concevoir, d’où le slogan totalement creux, mais accrocheur : Perfectionnés par la Terre, pressé par nous !

 

 

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