Quand la musique se rematérialise (Bang & Olufsen)

Avant l’arrivée du Walkman, du Diskman et de l’iPod, l’écoute de la musique était liée à trois contraintes : l’endroit, le moment et le matériel requis pour l’écoute, à savoir une chaine stéréo. Avec l’iPod, par rapport au Walkman et au Diskman, la musique s’est dématérialisée ; elle s’est libérée du support des minicassettes et des CD. Aujourd’hui, nous avons accès à des milliers d’heures d’écoute à partir de notre baladeur numérique. La quantité n’est même plus une contrainte. Auparavant, il était nécessaire de disposer d’un endroit où ranger les microsillons en vinyle ou les CD, d’un endroit pour installer la chaîne stéréo, d’un endroit pour écouter, et aujourd’hui, plus rien de cela n’est nécessaire : l’industrie des microprocesseurs nous a affranchis de toutes les contraintes et a aboli à la fois le temps, l’espace et la matière.

Mais voilà que la société Bang & Olufsen, réputée pour ses produits de niche hors de prix dédiés à une classe sociale relativement bien nantie, rematérialise la musique en proposant des hauts-parleurs haut de gamme qui se fixent au mur tout en occupant un espace conséquent de celui-ci. Autrement dit, Bang & Olufsen oblige à nouveau, avec ce nouveau produit très design et très tendance, à mobiliser un endroit spécifique pour écouter la musique.

Composé de haut-parleurs hexagonaux et de panneaux acoustiques qui peuvent être arrangés en différentes combinaisons, conçus pour être facilement personnalisés en forme de nid d’abeilles, ces panneaux muraux sans fil peuvent non seulement reproduire avec finesse et acuité un quelconque son, mais peuvent aussi absorber le bruit ambiant afin d’améliorer l’acoustique de la pièce.

De cette façon, comme toujours, le design réinvente la fonction et la fonction réinvente le design, créant ainsi de nouvelles fonctions visuelles. Dans ce chassé-croisé visuel où la forme prend le dessus sur la fonction, la fonction en vient à se fondre comme éléments du décor et non plus comme les classiques enceintes acoustiques qui s’ajoutaient au décor. En sociologie visuelle, on parlera donc de détournement de fonction effective, c’est-à-dire une forme visuelle qui occulte la fonction intrinsèque de l’objet. Il s’agit du même principe que le téléviseur Samsung qui se fond dans le décor du designer Yves Béhar.

© Pierre Fraser, Ph.D., 2017 / texte

© Dezeen, 2017 / photos

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