Emploi, un avenir incertain pour tous

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Dans ce bref entretien, le président de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN) du Québec, Jacques Létourneau, nous explique pourquoi l’avenir du travail est incertain pour tous.

« Depuis une trentaine d’années, au Québec comme dans les autres pays développés, on observe un saut qualitatif dans la politique poursuivie par l’État eu égard à la régulation du travail, l’État érige alors la recherche de la flexibilité du travail qu’exigerait la mondialisation de l’économie en véritable dogme. Cette nouvelle orientation contraste avec les politiques de plein emploi menées lors des « Trente glorieuses », soit la période couvrant l’après-guerre jusqu’aux années 1980. Ces politiques interventionnistes de la part de l’État s’appuyaient sur un droit du travail négocié de manière tripartite avec les organisations patronales et syndicales.

Le nouveau cadre néolibéral mis en place dès les années 1980 repose essentiellement sur quatre nouveaux piliers : la libéralisation, la dérèglementation, la privatisation et la réduction des politiques sociales. Le contrôle de l’économie par l’État dans une perspective de plein emploi est alors délaissé au profit d’une gestion de la mise en concurrence et de la flexibilisation des travailleuses et des travailleurs par le secteur privé. Le nouveau contrat social implique un partenariat « à deux » entre milieux politique et d’affaires, les syndicats étant renvoyés à un rôle de second plan. Cette érosion du compromis fordiste se manifeste par une triple rupture dans le pacte liant la travailleuse ou le travailleur, l’État et l’entreprise. Dérèglementation, privatisation, sous-traitance, coupes dans les programmes sociaux et travail à contrat participent de cette dynamique.

Dans le nouveau régime, le travail atypique prend progressivement le pas sur le salariat classique. Le travail atypique sur les marchés périphériques du travail inclut le travail à temps partiel, le travail temporaire, le travail autonome, le cumul d’emplois, ainsi que le travail invisible (travail au noir, le travail des clandestins, le travail des aides familiales et le travail en régime dérogatoire effectué, entre autres, par les travailleuses et les travailleurs migrants saisonniers, etc.). Au Québec, la part de ces types de travail a plus que doublé entre 1976 et 2012, passant de 16,7 % à 37,4 %. Bien que la flexibilisation en elle-même ne soit pas néfaste, force est de constater que dans le contexte actuel, travail atypique et précarité vont de pair.

Les effets délétères de cette dynamique de centrifugation de l’emploi vers les marchés périphériques du travail se traduisent notamment par :

  • des salaires plus bas ;
  • une diminution de l’accès aux avantages sociaux et aux régimes publics de protection sociale ;
  • et par un accès restreint à la syndicalisation et à la négociation.

Enfin, cette moindre syndicalisation des travailleuses et des travailleurs atypiques tend à accentuer les conséquences associées à la fragmentation des marchés du travail.Tous ces effets néfastes voient leurs impacts démultipliés dans le cas des jeunes et des travailleuses. La dynamique de centrifugation de l’emploi vers les marchés périphériques du travail sous-tend effectivement des discriminations systémiques impliquant une rehiérarchisation des marchés du travail en fonction du statut d’emploi qui se fait au détriment des jeunes et des femmes1. »

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1 Noiseux, Y., Blouin, S. (2014), « Transformation du travail au Québec: flexibilité et précarité », Droits et libertés, vol. 33, n° 2.

© Pierre Fraser, Ph.D., 2016 / vidéo