Faut-il retirer les croix de chemin au Québec ?

Articles / Scènes de rue

En matière visuelle et sociale, la croix est un symbole puissant. Vieux de plus de 2000 ans, pour certains, ce symbole représente, au Québec, la domination tous azimuts de la religion catholique pendant plus de 4 siècles. Pour les tenants de la laïcité à tous crins, la croix devrait systématiquement disparaître de l’espace public. Pour les modérés, la croix c’est aussi la représentation non seulement d’un patrimoine religieux, mais aussi la représentation d’un patrimoine de valeurs sociales qui ont fondé la société québécoise. Pour les chrétiens, la croix est à la fois un icône de supplice et un icône de résurrection et d’une victoire sur la mort.

Partant de là, le Québec est à la croisée des chemins en ce qui concerne ce symbole visuel. Au début des années 1960, éprise de modernité, la société québécoise a jeté le bébé avec l’eau du bain dans sa volonté de virer les institutions religieuses de l’espace public. Dernièrement, dans la ville de Québec, qui a d’ailleurs perdu toute son innocence avec l’attentat de la Grande mosquée, la direction de l’Hôpital St-Sacrement a décidé de retirer un crucifix, qui était là depuis 1927, suite à la plainte d’un citoyen pour qui la vue de ce symbole religieux heurtait certaines sensibilités.

Dans cette grande volonté de revoir et de revisiter l’histoire du Québec à la sauce laïque, il n’y a désormais qu’un pas à franchir pour faire retirer toutes les croix de chemin qui parsèment les routes des villages et campagnes du territoire. Certes, le raisonnement que je viens ici de poser est fallacieux, mais si on pousse sa logique à son extrême, les croix de chemin sont non seulement dans l’espace public, mais il est impossible de les éviter du regard. Et il faudrait peut-être se rappeler qu’un peuple qui arrache ses racines se condamne à la sécheresse identitaire­­.

© Pierre Fraser, Ph. D., 2017 / texte

© Patrimoine du Québec / photos