Fierté au féminin

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Ce n’est pas tout d’être cassé, il faut en plus être humble. Un pauvre baveux, personne n’aime ça1. Un cassé qui décide de résister à la marche du monde se condamne à passer sous le rouleau compresseur de l’histoire2.

De nos jours, le fait de ne pas se démener pour avoir toujours plus d’argent est considéré comme une faute impardonnable. On attend du pauvre qu’il admette ses torts. S’il mène une vie à ce point dénuée, c’est parce qu’il refuse d’embrasser une passion qui, au fond, est le liant de la communauté capitaliste : celle du gros cash sale qui circule de mains en mains en absorbant comme un trou noir les désirs qui nous constituent. Le défi le plus tenace du désargenté, écrit-il, est d’ailleurs d’avoir à la longueur de journée à canaliser sa colère vis-à-vis d’une violence donnant l’impression d’arriver de partout et de nulle part à la fois. C’est pourquoi il est toujours plus simple de retourner cette colère-là contre soi3.

« Si Victor Hugo pouvait se permettre d’affirmer : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches », nous n’avons même plus ce loisir-là tant notre paradis est infernal à force d’être pathétique. »

© Pierre Fraser, Ph. D., 2017 / vidéo
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1 Confessions d’un cassé, Pierre Lefebvre, Montréal, Boréal, 2015, 168 p.
2 Idem.
3 Idem.