Des tensions raciales perceptibles à Québec

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Il est possible, en marchant dans un quartier, de déceler la présence de tensions raciales, et ce, sans même porter attention aux comportements des gens. C’est parfois plutôt par la présence d’indices, laissés ici et là par des acteurs sociaux aux idéologies diverses, que l’on peut constater ce qu’il en est du « vivre ensemble » et de la différence.

Des tensions raciales perceptibles

Dans certains cas, c’est en laissant sa marque sur le mur d’un édifice que l’acteur exprime son désir de distinguer l’autre d’un « Nous » auquel il s’identifie et duquel il exclut cet « autre ». Des symboles visuels d’identification sémiotiques peuvent d’ailleurs être empruntés, comme le démontre cette première photo.

En utilisant un décalque et de la peinture bleue pour laisser le message « Québécois de souche » à l’entrée d’une cour de maison de ville, l’auteur du graffiti reprend la couleur du drapeau québécois et influence ainsi la réflexion de celui qui verra son message. Afin de renforcer l’association nationaliste suggérée par son message, il l’accompagne d’une fleur de lys, l’icône nationaliste du peuple québécois. Dans cette initiative, rien n’est laissé au hasard.

Constatons cependant que quelqu’un s’est par là suite chargé d’apposer sa propre marque (en brun) au-dessus du message initial. Ce second geste pouvait avoir pour but de s’approprier le mur en question ou bien de camoufler le message initial parce qu’il dérangeait les idées du second acteur à intervenir.

L’auteur du graffiti brun est peut-être même celui qui a laissé sa marque sur ce pilier destiné aux feux de circulation, à quelques rues à peine du lieu photographié sur le premier cliché.

Des tensions raciales perceptiblesCette fois-ci, c’est par un autocollant sur lequel on peut lire « Pas de racistes dans mon quartier ! » que l’individu a choisi d’exprimer son opinion.

Par la présence de ces signes, il est possible de comprendre que des individus expriment des idées ayant pour but de classer et d’identifier certaines personnes comme faisant partie d’une catégorie « Autre » de laquelle on cherche à se distinguer. Retenons cependant que le fait de se réclamer de faire partie d’une catégorie dite « de souche » ou encore de pointer du doigt l’individu qui exprime des propos ou une attitude racistes sont en fait deux manières, bien qu’opposées, de créer ce que le sociologue appelle de la distinction sociale.

© Lydia Arsenault, 2017