L’insulte comme modèle d’affaires

Articles / Capsules exploratoires

« La trash radio, cette version extrême de la radio d’opinion, connaît depuis quelques années au Québec un succès croissant. Le but avoué des animateurs-vedettes de trash radio est de séduire un auditoire particulier en employant diverses stratégies outrageantes. Les émissions sont animées par un personnage provocateur (shock jock) qui insulte systématiquement des tiers absents et qui invite l’auditoire et ses coanimateurs à en faire autant1. »

« Le format radiophonique de la trash radio repose sur la confusion alimentée et entretenue par les animateurs entre des fonctions, des postures ou des actions qui en principe s’excluent mutuellement : informer/divertir ; peindre la réalité/faire dans la caricature ; être doué de clairvoyance/être ordinaire, comme tout le monde ; faire partie des êtres de pouvoir/faire partie des dépossédés, des sans parole ; influencer le discours social/tenir des propos anodins, etc. En outre, les animateurs privilégient les thèmes chers au discours populiste — la moralité douteuse des dirigeants, le gaspillage de fonds publics, l’interventionnisme outrancier de l’État, l’irresponsabilité des syndicats, l’inutilité des intellectuels, les dangers de l’immigration, etc. (Turbide, 2004). De plus, ils construisent un discours d’opposition (à divers pouvoirs ou mouvements de pensée dominants) fondé sur le dénigrement de tiers absents. Le discours ainsi élaboré renforce le sentiment d’appartenance des auditeurs à un groupe qui se définit comme exclu de la société, appartenance rendue visible notamment au moyen de produits dérivés mis en marché par la station (autocollants, casquettes, t-shirts, etc.)2. »
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1 Vincent, D., Laforest, M., Turbide, O. (2007), « De l’analyse de discours radiophoniques à l’intervention sociale », Communication, vol. 25, n° 2
2 Idem.

© Pierre Fraser, Ph. D., 2017 / vidéo