Apparence du corps, la clef de l’identité de soi

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Les jugements que nous portons sur notre apparence, la plupart du temps très sévères, sont tributaires d’une construction qui va au-delà des perceptions et des réflexions conscientes que nous avons face à nous-mêmes. Nous parlons ici de la dimension sociale des représentations et de l’imaginaire qui œuvrent dans l’ombre de la conscience de chacun et qui migrent doucement dans les collectivités de génération en génération. Ultimement, il faut se poser une question fondamentale : comment notre connaissance sur le corps se construit-elle aujourd’hui ?

© Dezeen / Lizzy CrookEntrons directement dans l’ère de nos sociétés contemporaine avec un postulat d’appoint : la personne est réduite à ce qu’elle produit comme image d’elle-même. Bien entendu, l’entité humaine n’est pas qu’une image, mais celle-ci est maintenant considérée comme une donnée essentielle du jugement d’autrui, due en grande partie à la rapidité de nos interactions sociales dans la gestion des nombreux liens à entretenir face à une multitude de réseaux sociaux et au développement des technologies de l’information1. Dans ses interactions, l’individu est donc souvent réduit à l’image d’un corps, en l’occurrence le sien, faute de temps. L’image de soi devient le raccourci par lequel l’individu existe et se reconstruit aux yeux des autres.

Les nombreux discours tenus sur le corps font partie des récits médiatisés par le langage et les pratiques sociales. Ils sont le produit d’une industrialisation symbolique de l’image des corps et de toute une organisation mercantile, voire une économie, qui s’est développée autour du sens que véhiculent ces images. Dans ce contexte, de nombreux promoteurs tentent de combler des besoins à la mode (revues, vêtements, maquillages, équipements de sports, chirurgies plastiques, voiture, etc.) dont l’enjeu est de convaincre que leurs produits rendront les consommateurs plus authentiques que ceux de leurs concurrents. Parfois, les vertus publicisées de ces produits n’ont pas nécessairement de lien évident avec l’utilité des objets que les individus sollicitent. S’approprier un camion aux dimensions impressionnantes n’aide pas son propriétaire à devenir plus viril, à moins qu’il ne croie à cette filiation sémantique. En clair, certains ajustent l’image de leur produit pour une mode qui a pour objectif de rehausser l’image de performance du corps. Dans les industries de l’image, le constat est depuis longtemps évident : il est lucratif de vendre du rêve2. Et cette stratégie est efficace, puisqu’elle est soutenue par les valeurs et les croyances des individus qui composent les sociétés. (© Olivier Bernard, 2016)

En ce sens, comme le souligne Olivier Bernard, où tout peut être mis en œuvre pour assouvir ce besoin de procéder à du design corporel, la société d’architectes londonienne Eastwest Architecture a mis au point une salle de gymnastique compacte dans le jardin d’une maison de l’est de Londres. En fait, il s’agit d’un résident de Walthamstow qui a approché la firme d’architectes pour combler le manque flagrant d’installations sportives et rendre ainsi accessible à ceux qui le veulent bien un petit gymnase privé. Cette démarche est non seulement intéressante parce qu’elle fait appel à la remise en forme du corps, mais elle est également tout à fait en phase avec le fait que, plutôt que faire les démarches qui s’imposent auprès des autorités municipales pour obtenir un gymnase collectif, il est plus simple de prendre soi-même les choses en mains. Ce faisant, on est tout à fait en synchronie avec l’individu entièrement autonome, maître de son destin et architecte de sa vie tant privilégié par la société de consommation. (© Pierre Fraser, 2017)

© Dezeen, Lizzzy Crook

© Dezenn, Lizzy Crook

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1 Castells, M. (2001), Manuel. (2001), La société en réseau, Paris : Les éditions Fayard.
2 Riedrich, Y. (2004), Le mental dans tous ses états ― Mythe et réalité du psychologique de la préparation mentale chez le sportif, Paris : Éditions Chiron.

© Olivier Bernard, 2016 (texte) / Pierre Fraser, 2017 (texte)

© Dezeen, Lizzy Crook, 2017 (photos)