Les canettes vides, une source de revenus

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Chaque début de soirée, cet homme, dans le quartier St-Jean Baptiste et dans le quartier Vieux-Québec, fait le tour des poubelles publiques pour faire sa moisson de canettes vides qu’il revend par la suite à l’épicerie du coin, car ces dernières, au Québec, sont consignées. Des centaines d’hommes et de femmes, dans toutes les villes du Québec, récoltent les canettes et les bouteilles consignées. Appelons-les les glaneurs de la consigne, pour reprendre l’expression du journaliste Mathieu Perreault de La Presse.

Les canettes vides, une source de revenuAu Québec, si la consigne et la récupération des canettes et des bouteilles est si efficace, il semblerait bien que les grands responsables soient bien tous ces gens qui ramassent les contenants d’autrui — sans-abri, organismes de bienfaisance, ou tout simplement ceux qui en font un métier. « En 2007, une analyse publiée dans le New York Times a affirmé que chaque « glaneur » ramassait en une journée autant de contenants consignés qu’un Américain moyen en un an. Et donc que la consigne est un succès grâce à une armée de travailleurs invisibles qui gagnent très certainement moins que le salaire minimum. En d’autres mots, la consigne permet d’être vert en exploitant une main-d’œuvre à bon marché. »

Dans cette courte capsule exploratoire, alors que je déambulais sur le boulevard Charest (Québec) à la hauteur des entreprises de haute technologie, j’ai su que j’aurais l’occasion d’un instant décisif et d’une situation sociale contrastée. En fait, un glaneur de la consigne et un homme venant tout juste d’acheter une caisse de bières importées se dirigeaient vers moi depuis l’est du boulevard. Le glaneur se penche dans la poubelle, ne trouve aucune canette ou bouteille, devient frustré, assène un coup de poing sur le couvercle de la poubelle, et s’en va. Au même moment, l’individu mieux nanti se dirige vers moi avec sa caisse de bière.

Situation sociale contrastée : situation où la stratification sociale se manifeste sous une forme ou une autre.
Instant décisif : moment où le photographe, totalement à l’affût de son environnement, repère mentalement, en une fraction de seconde, le potentiel d’une situation sociale contrastée.