Banque alimentaire, s’organiser pour distribuer

Articles / Société

Tout comme le marché public, la banque alimentaire est confrontée à une seule et même contrainte : rendre accessibles le plus facilement possible les produits offerts gratuitement. Par contre, il y a une différence, et cette différence est majeure : alors que le commerçant du marché public joue d’ingéniosité dans la mise en valeur de ses produits pour attirer le consommateur, la banque alimentaire n’a pas à se préoccuper de cette portion de la transaction commerciale : les produits sont disposés pêle-mêle sur des tables alignées les unes à la suite des autres. Il s’agit de mettre en place un circuit de denrées et de produits, un peu comme à la cafétéria, où le bénéficiaire se sert à la carte à travers une offre souvent fort limitée de produits.

▼ Les tables sont disposées de façon à former un rectangle dans le but de réguler le flux des bénéficiaires qui se serviront

Banque alimentaire, s'organiser pour distribuer▼ Les produits sont présentés pêle-mêle

Banque alimentaire, s'organiser pour distribuer▼ Les lieux sont à l’image de la défavorisation des gens

Banque alimentaire, s'organiser pour distribuerIl faut également poser un autre constat qui n’est pas anodin. Souvent, les banques alimentaires s’installent dans des locaux de fortune. Portez une attention toute particulière à l’aménagement du local de cette banque alimentaire. Comme il s’agit de l’entrepôt d’un ancien commerce de produits sanitaires, les lieux sont restés en l’état. Aucun aménagement particulier n’y a été fait pour agrémenter l’espace, sans compter que, en dehors du jeudi de chaque semaine, cette portion de l’entrepôt est dédiée au transit des marchandises livrées. Ce n’est que le jeudi matin venu que l’espace est réorganisé de façon à accueillir les bénéficiaires de 13 h jusqu’à 17 h. En somme, l’apparence générale des lieux ne paie pas de mine, un peu à l’image de certains bénéficiaires. Et il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur, mais bien d’un constat. D’une part, le côté léché d’un marché public pour séduire une clientèle qui a de l’argent à dépenser. D’autre part, le côté banal et ordinaire d’une banque alimentaire pour simplement distribuer des denrées alimentaires et autres produits de toutes sortes. Il ne faut surtout pas voir là une logique binaire, mais bien la mise en opposition de deux aménagements dont la finalité est la même, à savoir nourrir des gens, qui se situe dans une logique commerciale différente.

▼ Une bénévole dépose des oignons dans le sac d’une bénéficiaire. Ici, pas d’emballage sophistiqué

Banque alimentaire, s'organiser pour distribuerLes photos précédentes révèlent aussi une autre logique qui est la même qui prévaut autant pour les commerçants du marché public, que d’une épicerie, que d’un supermarché ou d’une banque alimentaire : l’approvisionnement des produits (achat, dons, collecte) ; le transport des denrées à différents stades d’acheminement, par des prestataires ou les associations caritatives elles-mêmes ; l’entreposage des denrées ; la manutention et la préparation des commandes et des lots à distribuer ; la distribution des produits alimentaires aux bénéficiaires par les organismes caritatifs. Pour une banque alimentaire, le défi est d’autant plus grand, car la plupart de ces étapes sont assurées par des bénévoles, et surtout par le fait que, de par la variété des produits distribués (épicerie, surgelés, réfrigérés), et notamment au caractère périssable, voire parfois très périssable des produits, et de par la nature même du public qui bénéficie de l’aide alimentaire, il est indispensable d’assurer la sécurité des aliments à chaque étape de la filière. Autrement dit, la banque alimentaire ne peut se soustraire à l’exigence de salubrité des aliments.

© Pierre Fraser, 2017 (texte et photos)