Réaliser un cliché à partir d’une réflexion photographique

Articles / Scènes de rue

Être sociologue visuel est synonyme de ne jamais s’extirper complètement de son rôle de penseur. Si, parfois, les situations à photographier se présentent d’elles-mêmes au photographe, il est aussi possible pour ce dernier de se donner un thème de réflexion photographique dans le but de réaliser des clichés qui témoignent d’un phénomène précis.

Prenons par exemple la question suivante : de quelle manière les gens s’approprient-ils les rues d’un quartier ?

Par un soir de beau temps, en arpentant la rue St-Jean (situées dans le quartier Saint-Jean-Baptiste de la ville de Québec) une dame, d’abord assise sur un banc au coin d’une rue s’est levée pour rejoindre son conjoint. Elle portait des souliers à talons qui, de toute évidence, l’empêchaient d’avoir une démarche assurée puisqu’ils la blessaient. Cet inconfort faisait en sorte qu’elle suivait son conjoint, clopin-clopant : à partir de cette situation presque ridicule, la curiosité du sociologue visuel fut piquée! Ce couple allait-il le mener sur l’observation d’une réalité sociale à figer sur pellicule (ou en format numérique)?

Le sociologue décide de poursuivre son observation. Il remarque que l’homme et la femme ont pris une montée menant à un théâtre où c’était soir de concert, et que plusieurs autres couples s’y engageaient aussi. Tous étaient bien sapés, et à les regarder, le sociologue comprenait qu’il y a donc un décorum pour les soirs de concerts à ce théâtre.

Le lecteur du Palais MontcalmCe n’est qu’à ce moment que le cliché dont le sens parlerait de lui même s’est concrétisé, puisque dans l’herbe, à la droite des marcheurs, se trouvait un homme qui lisait son journal.

Le lecteur du Palais MontcalmDe par la position moins solennelle qu’il avait choisie pour s’adonner à la lecture d’articles,  il offrait au sociologue visuel un contraste intéressant à figer dans le temps.

Bien que cette situation ne témoignait pas directement d’une manière de s’approprier la rue, elle permettait cependant de saisir autre chose.En comparant les attitudes corporelles des deux groupes d’acteurs, il fut possible pour l’esprit de l’observateur de concevoir que l’activité culturelle à laquelle se livrait l’homme assis, soit lire le journal, était considérée (au plan culturel du moins), comme étant moins huppée que celle à laquelle allaient se livrer les marcheurs.

© Lydia Arsenault, 2017