Précarité, quand tu es dans la merde, tu es dans la merde

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Certaines personnes m’ont vivement critiqué à propos de la prise de position que j’effectue dans mon documentaire Précarité, du salariat au précariat en ce qui concerne la précarité, surtout sur le choix de certaines séquences montrant des personnes démunies et sans domicile fixe. En fait, si vous voyez des personnes démunies et sans domicile fixe dans ce documentaire, c’est qu’elles sont là pour rappeler à chacun d’entre nous que l’ascenseur social est en panne et que la rue se trouve toujours près du rez-de-chaussée, là où s’arrête l’ascenseur…

Précarité, quand tu es dans la merde, tu es dans la merdeMalgré toutes les définitions sociologiques que l’on pourrait proposer à propos de la précarité, il n’en reste pas moins qu’il y a actuellement le passage effectif d’une société de travailleurs salariés à une société de travailleurs à contrat, ou à leur propre compte, ou dans des emplois à salaire minimum, d’où le glissement du salariat au précariat. Certes, il est possible d’affirmer que les gens qui œuvrent dans le domaine des hautes technologies changent périodiquement d’emploi et qu’il s’agirait là d’un précariat. Certes, il est possible d’affirmer que les gens œuvrant dans le domaine des arts et de la culture sont des habitués des situations précaires, et qu’ils savent composer avec cette situation. Par contre, lorsque les gens du secteur des hautes technologies changent régulièrement d’emploi, tout en conservant un revenu d’emploi supérieur à la moyenne, ce n’est pas du précariat, mais du salariat (un autre employeur verse un salaire).

Partant de là, il est temps de remettre les pendules à l’heure. J’ai donc décidé de produire et réaliser un court métrage de 20 minutes, car la précarité n’est pas un concept intellectuel, mais une réalité concrète et parfois très prenante que vivent certaines personnes. Que l’on cesse d’inventer toutes sortes de formules autour de la précarité et de dire que la précarité en emploi peut aussi être un tremplin pour se réaliser. À notre avis, il y a une précarité volontaire en emploi, celle de travailleurs qui désirent se réaliser en changeant régulièrement d’emploi tout en disposant d’un bagage de compétences qui les distingue significativement de leurs congénères, tout comme il y a une précarité involontaire en emploi, non pas seulement parce que l’individu a un faible bagage de compétences ou qu’il possède un grand bagage de compétences, mais tout simplement parce qu’il n’arrive pas à trouver un emploi, malgré tout son bon vouloir. Évidemment, le discours qui sera offert à tous ces gens en situation de précarité involontaire en emploi est celui de l’entrepreneuriat ; quelle grande farce, quel discours à la limite de l’imbécillité…

À surveiller, sur ce site, le développement de ce projet que je compte mener à terme d’ici la fin août 2017.

© Pierre Fraser, Ph.D., 2017