La photo artistique

Cet article, de Philippe Tremblay, est initialement paru dans Photo | Société, vol. 2, n° 1.

Une image captivante nécessite rarement une exposition parfaite, une résolution époustouflante ou une clarté infinie. Non, une photo captivante prend vie quand celle-ci reflète le contexte dans lequel elle a été capturée, qu’elle donne une dimension de plus à l’histoire que vous tentez de raconter. Le meilleur moyen, selon moi, de maitriser l’art de la photographie ou de la cinématographie, est d’analyser chaque image qui vient à vous et de comprendre pourquoi elle est ou non réussie. Pour ce numéro, nous nous concentrerons sur de simples techniques à partir des paramètres de la caméra.

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La profondeur de champ

Maitriser la profondeur de champ est indispensable à tout bon photographe. Il faut savoir quoi choisir par rapport à une situation et parfois faire des choix qui nous obligent à dévier de notre direction artistique. Mais il y a toujours moyen de s’adapter et de réaliser des images auxquelles nous n’avions pas du tout pensé. L’avantage d’utiliser une courte profondeur de champ — ouverture de f 2.0, par exemple — permet de capter beaucoup de lumière, ce qui facilite d’autant le travail de la caméra. Par exemple, cette photo, captée lors d’une émeute à Vancouver, après la finale de la coupe Stanley, aurait été très difficile à capter, puisque le niveau de luminosité ambiante était relativement faible. Ce genre de situation correspond à une technique couramment utilisée en photographie : l’isolation. Il s’agit tout simplement d’isoler et de focaliser le regard sur le sujet de la scène. Dans ce cas de figure, le couple qui s’embrasse au milieu d’une manifestation violente. Le policier, en avant plan, devrait normalement être la principale information qui retienne notre œil, car il occupe environ les ¾ du cadre. La courte profondeur de champ nous permet ainsi de le rendre flou, lui et l’arrière-plan, pour nous permettre de porter l’attention seulement sur le couple. Donc, on peut comprendre que si le focus avait plutôt porté sur le policier, il nous aurait été impossible de discerner ce qui se passe derrière celui-ci, ce qui aurait changé du tout au tout le message véhiculé par la photo.

Le flou de bougé

p02Dans mon article du numéro précédent, j’ai mentionné qu’il fallait régler l’obturateur de la caméra en fonction du mouvement du sujet : un obturateur rapide pour un mouvement rapide par exemple. Donc il faut arriver à déterminer la vitesse idéale pour obtenir un sujet le plus net possible. Par contre, dans certaines situations il est possible de contrevenir à cette règle pour obtenir des résultats beaucoup plus intéressants.Pour cette photo, une longue exposition a été utilisée. Le sujet est resté complètement immobile, mais a bougé la tête afin de créer un effet de trainée. Il y a donc plusieurs utilisations et interprétations possibles au flou de bougé. Le photographe a-t-il voulu masqué l’identité de l’homme ou essayait-il plutôt de suggérer que l’homme niait quelque chose ? Autrement, il faut savoir que la technique inverse est souvent utilisée, c’est-à-dire figer l’action par un obturateur rapide peut, encore une fois, permettre de concentrer l’attention sur ce que vous choisissez de montrer.

L’exposition

Il est important, en photographie, de toujours bien exposer la photo pour capter une image optimale. Mais, parfois, on peut choisir de sous-exposer ou de surexposer une certaine partie d’une scène pour créer un grand contraste et orienter ainsi l’attention sur quelque chose que nous aurions autrement ignoré. La photo de la page suivante, prise à New York sur Broadway, en est un bel exemple. L’artiste à décider d’exposer correctement seulement les bâtiments en arrière-plan, mais a choisi de garder le focus sur la dame qui traverse la rue avec son parapluie jaune. Certes, on peut se dire que le photographe a commis une erreur. Mais, on peut tout aussi bien se dire que le photographe a plutôt décidé de donner une sombre atmosphère à sa photo afin de représenter l’oppression de la ville sur les habitants de New York ? Évidemment, mon interprétation vaut ce qu’elle vaut, mais il est important de garder à l’esprit que l’exposition d’une photo peut augmenter la valeur esthétique de celle-ci, ou au contraire, la diminuer. C’est donc pourquoi cette technique doit être utilisée avec parcimonie. À vous de faire vos propres tests !

p03© Texte : Philippe Tremblay, 2017 / Photo | Société

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