Les fraises, l’étal et la vendeuse

Fréquenter un marché public, c’est vivre à plein une expérience visuelle et sociale qu’aucune statistique ne saurait rendre. La prémisse de la sociologie visuelle est bien celle de dire que le monde tel que nous le voyons, le photographions ou le représentons sous différentes formes est forcément différent de ce que peuvent en rendre compte les mots et les nombres. Ainsi, alors que le monde derrière les mots et les nombres est non seulement une réalité irrémédiablement abstraite, il est aussi une méthode tenue pour acquise dans le monde la sociologie.

Au Québec, le mois de septembre venu, le marché public comporte une profusion de couleurs, de formes et de produits. Et cette mise en marché des légumes et des fruits répond aux 4 fonctions d’un repère visuel. Prenons comme cas de figure un étal de paniers de fraises. L’étal doit tout d’abord signaler en vue de l’accomplissement d’actions : repérer l’étal ; s’approcher de l’étal ; examiner les produits offerts ; choisir un produit ; acheter le produit ; réaliser une transaction commerciale de gré à gré avec la personne qui tient l’étal.

Premièrement, l’agencement visuel de l’étal doit inciter le visiteur à repérer l’étal. Il y a là tout un art de la disposition qui incitera plus ou moins le visiteur à s’y aventurer. Il s’agit de disposer l’ensemble du kiosque de façon à ce que tous les produits soient bien mis en évidence tout en agençant les couleurs afin d’exciter la rétine de l’œil et d’inviter ainsi le client potentiel à s’approcher le plus près possible du kiosque.

fraises-01

fraises-02

L’étal doit également comporter d’autres repères visuels que les produits eux-mêmes, car chaque repère visuel est élément d’un réseau de repères visuels qui doivent inciter à l’achat. Par exemple, dans la première photo, la statue du cuisinier qui tient dans sa main droite une immense fraise, et dans la seconde photo, une balance rouge dont la couleur renvoie à celle de la fraise, sur la même balance deux immenses fraises jouxtant deux paniers de fraises juteuses. Autrement dit, chacun des éléments visuels de l’étal constitue un réseau de repères visuels renvoyant constamment à l’incitation à acheter un panier de fraises.

fraises-03

fraises-04

Deuxièmement, il s’agit de faire en sorte que le client potentiel puisse le plus facilement possible accéder aux produits. Comme en témoigne la photo suivante, les paniers de fraises sont disposés de façon étagée devant le comptoir de façon à ce que le client potentiel puisse aisément examiner le produit. Si le produit convient au client, il n’a qu’à se pencher pour choisir le panier qu’il désire acheter.

fraises-05

Les vendeurs sont aussi éléments du réseau de repères visuels du kiosque. Par exemple, la vendeuse, Renée Duchaîne, lorsque je me suis présenté devant le kiosque, a systématiquement pris dans sa main droite une fraise qu’elle a bien mis en évidence et l’a par la suite portée à sa bouche.

fraises-06

Au total, la disposition visuelle du kiosque de fraises répond effectivement au 4 propriétés d’un repère visuel : sa disposition le rend visible ; sa disposition est tout à fait pertinente pour susciter l’acte d’achat ; sa disposition est distinctive, c’est-à-dire qu’elle le démarque de tous les autres kiosques du marché public ; sa disposition signale que le produit, la fraise, est effectivement disponible.

© Pierre Fraser, 2016 (texte et photos)

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s