Attentat à la bouteille d’eau piégée au Festival d’été de Québec

Satire
Selon ce qu’il a été possible d’apprendre de la part des autorités, une bouteille d’eau pleine aurait réussi à franchir tous les contrôles de sécurité du Festival d’été de Québec sur les Plaines d’Abraham lors du spectacle du groupe Red Hot Chili Pepper le 16 juillet 2016.

Bouteille-FEQ-Scene

En recoupant différents propos recueillis auprès d’agents de sécurité, de festivaliers, de responsables du Festival, de la police et d’agents antiterroristes, celle-ci serait arrivée à se faufiler sous une clôture grillagée en versant de l’eau pour délayer la terre, laissant ainsi assez d’espace pour s’y glisser.

Bouteille-FEQ-FontaineUne fois dans l’espace festif, elle aurait tentée, selon toute vraisemblance, de se diriger vers les fontaines d’eau servant à remplir les bouteilles d’eau vide. On présume qu’elle aurait eu un complice sur les lieux mêmes, car un individu s’en serait servi comme d’un projectile, un peu à la manière d’un missile balistique, et l’aurait balancé dans la foule compacte, atteignant violemment une jeune femme à l’épaule — les images des caméras de surveillance en témoignent. Cette dernière aurait perdu l’équilibre entraînant dans sa chute une centaine de festivaliers.

C’est à ce moment que la bouteille d’eau pleine aurait profité de la confusion pour se diriger à toute vitesse vers les fontaines d’eau. Cette dernière, jouant de malchance, aurait été attrapée par trois gardes de sécurités aux biceps surprotéinés qui l’auraient par la suite remise aux autorités compétentes.

Les autorités ont confirmé l’identité de la bouteille d’eau : Bouteille. Ils ont également trouvé, derrière son étiquette le slogan À l’eau tout le monde ! Le « Front de libération des bouteilles d’eau » aurait revendiqué l’attentat dans la soirée même en soulignant que les fontaines d’eau seraient éradiquées de la surface de tous les grands événements partout dans le monde.

Analyse sociologique
Derrière cette satire, je veux prendre à témoin la bouteille d’eau pleine en tant que phénomène sociologique. Le Festival d’été de Québec autorise les gens à amener leur bouteille d’eau, mais refuse que celles-ci soient pleines lorsque vient le moment de franchir les contrôles de sécurité. Pour pallier à ce désagrément, le FEQ a installé deux fontaines d’eau en libre-service sur les Plaines d’Abraham : 10 robinets pour une moyenne de 50 000 festivaliers par soir.

Fontaine-FEQ

Pour la directrice des communications du Festival d’été de Québec, Luci Tremblay, il est clair que « Dans une bouteille d’eau, on peut camoufler bien des choses. On peut camoufler de l’alcool, de la drogue et même des substances qui peuvent exploser. » Toujours selon la porte-parole du FEQ, « La mesure s’inscrit dans un désir d’augmenter le niveau de sécurité de l’événement. […] On voit ce qui se passe sur la planète et on fait partie de la planète. […] On a décidé d’intensifier nos mesures de sécurité. »

En matière de sociologie visuelle, la bouteille d’eau pleine, dans le cadre d’un grand événement, est intéressante à plus d’un égard. Premièrement, elle a désormais acquis le statut de repère visuel, c’est-à-dire que, désormais, elle signale ce qui est socialement inacceptable aux yeux des organisateurs de grands événements, donc imposition d’une nouvelle norme qui vient ainsi régir nos déplacements, orienter nos actions et normaliser nos comportements, nos conduites, nos jugements, nos attitudes et nos opinions. Cette normalisation consiste dès lors à différencier ce qu’il convient ou non de faire en fonction de leur désirabilité du point de vue du groupe qui génère la norme.

Deuxièmement, en ayant acquis le statut de repère visuel, la bouteille d’eau pleine avant l’arrivée, et désormais vide après avoir franchi les contrôles de sécurité, contribue à l’élaboration d’un nouveau parcours visuel dans un espace circonscrit (Plaines d’Abraham) où l’individu se déplace dans le but d’accomplir une action, celle de remplir sa bouteille d’eau. Ce faisant, les deux fontaines d’eau en libre-service installées par le FEQ se constituent comme repères visuels et forment de nouveaux parcours visuels pour les festivaliers, ce qui oblige ces derniers à adopter de nouvelles attitudes et de nouveaux comportements.

Troisièmement, comme le souligne la directrice des communications du Festival d’été de Québec, avec ce qui se passe sur la planète, il faut savoir être responsable et agir conséquemment pour protéger les festivaliers. En tenant ce type de discours, le Festival d’été de Québec a mis en place une gamme étonnante de repères visuels qui renvoient à la question de sécurité.

Au total, pour le sociologue que je suis, tout ceci mérite analyse sur le plan visuel, l’une de mes spécialités étant la sociologie visuelle.

© Pierre Fraser, 2016

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