Le contraste en photographie

Sociologie Visuelle
Source : Le contraste en photographie, CANOPÉ Créteil (Île de France) : Le réseau de création et d’accompagnement pédagogique. Texte rapporté par Georges Vignaux.

Le contraste (de contrastare, se tenir contre) est l’opposition de deux choses dont l’une fait ressortir l’autre. Le contraste caractérise la nature d’une image: il permet de lui donner une force particulière, par des moyens graphiques ou par les thèmes abordés. Il a une spécificité dans la photographie, à cause de sa nature (l’écriture de la lumière) et de sa technique même. C’est la chambre noire qui permet la photo, l’inscription de la lumière. Le contraste manifeste donc des oppositions, des contraires; pourtant une situation contrastée ne manifeste pas que des oppositions de contraires, mais aussi des complémentarités, que l’image peut donner à voir .

Les contrastes formels

Le contraste peut naître de l’opposition de formes qui provoquent des impressions contraires. Le cercle, réputé doux, s’oppose traditionnellement au triangle jugé agressif; les objets, les bâtiments ou les personnages et leurs positions respectives dessinent des volumes qui peuvent entrer en conflit. D’où :

  • le contraste de lignes : horizontal/vertical, circulaire/rectiligne ;
  • le contraste figure-fond : la bidimensionnalité de l’image rassemble sur une surface une (ou des) figures et un fond dont l’échelonnement dans la profondeur est suggéré. Les sujets peuvent se détacher d’un décor dont la texture, la couleur, la luminosité diffèrent radicalement ;
  • le contraste de rendu de matière ou de texture : végétal/industriel, mat/brillant ;
  • le contraste de taille : grand/petit; le rapport d’échelle est notamment un des ressorts du comique ;
  • le contraste de lumière, qui reprend le clair-obscur pictural : la règle du contraste lumineux en photographie exige, dans le noir et blanc, un noir fort, un blanc fort, et un nombre réduit de gris dans chaque image ;
  • le contraste de valeurs : noirs/blancs : longtemps limitée au noir et blanc, la photographie a d’emblée éprouvé le rapport entre ces deux valeurs. A l’instar de la gravure, fondée sur le même antagonisme, elle s’est développée en cherchant d’abord à faire surgir une forme distincte de son contexte. Plus tard, c’est la possibilité de jouir d’une vaste palette de gris qui sera au cœur des préoccupations des pionniers de l’image photographique. Le choix du contraste devient alors délibéré, et participe aux esthétiques en rupture avec l’héritage impressionniste. Si l’usage du noir et blanc a perduré jusqu’à nos jours, c’est aussi au motif qu’il permet une lecture plus aisée de l’image en favorisant l’apparition des blocs lisibles. Les choix de la prise de vue peuvent être intensifiés a posteriori, au tirage ou à l’aide de logiciels. Longtemps, le choix de la chimie employée pour le développement des films ou le fixage sur un papier spécifique a fait partie intégrante du processus photographique ;
  • le contraste coloré, couleurs chaudes/ froides, couleurs saturées : le contraste peut aussi résulter de l’opposition de certaines couleurs, de la juxtaposition des couleurs primaires, mais aussi de teintes évoquant, par exemple, le chaud et le froid. Dans un cas comme dans l’autre, la saturation de ces couleurs accentue encore l’intensité du contraste. Pourtant, une image aux couleurs «sursaturées», en multipliant artificiellement les contrastes, risque de brouiller la composition et d’annuler l’effet en voulant trop en faire. Une troisième possibilité, combinaison des deux précédentes, juxtapose des zones noires et/ou blanches à d’autres plus bariolées. Dans ce cas, les parties en noir et blanc assument souvent le «mauvais rôle», celui de de l’immobile, du passé face à une couleur qui incarne la vivacité et le renouveau.

Les contrastes de sens

En plus de ces contrastes purement visuels, d’autres, sémantiques, habitent de nombreuses photographies. Ils sont souvent soutenus par un cadrage, une composition, un traitement chromatique qui les accentue. Dans un cadre journalistique les photos illustrent à la manière d’allégories des sujets d’actualité complexes en montrant une chose et son contraire.

  • Le contraste social et politique : riches/pauvres, vainqueurs/vaincus.

    Lors d'une distribution de nourriture dans la banlieue d'Islamabad au Pakistan, le 20 novembre, journée internationale des droit de l'enfant. (B.K. BANGASH/AP/SIPA). L’Obs.
    L’effet de contraste provient de la densité de la foule réunie à Saint-Denis après les attentats du 13.11.15 à Paris : foule d’origine africaine partagée entre la curiosité et la crainte. Les couleurs accentuent l’effet de tristesse. L’Obs.
  • Le contraste historique, temporel : ancien/moderne, jeune/âgé.

    L’effet de contraste provient de la densité de la foule réunie à Saint-Denis après les attentats du 13.11.15 à Paris : foule d’origine africaine partagée entre la curiosité et la crainte. Les couleurs accentuent l’effet de tristesse. L’Obs.
    Lors d’une distribution de nourriture dans la banlieue d’Islamabad au Pakistan, le 20 novembre, journée internationale des droit de l’enfant. (B.K. BANGASH/AP/SIPA). L’Obs.
  • Le contraste géographique, climatique
  • Le contraste culturel, religieux, stylistique, humoristique…

Sociologie Visuelle

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