Du contraste au sens social

Sociologie Visuelle
Un texte d’Andy Rutledge, adapté par Georges Vignaux.

Quel qu’on soit – journaliste, designer, ou simple photographe amateur –, il est important de comprendre les mécanismes par lesquels les choses et les idées acquièrent du sens. « Aujourd’hui, comme toujours, les problèmes de style et de conventions établies occupent l’attention de beaucoup, et peuvent distraire. Il est donc important de considérer une palette de fondamentaux. » [1] Ces basiques de la communication créative sont les mêmes quelle que soit la forme d’art : peinture, musique, danse, théâtre, design, etc. On peut les diviser en deux catégories : vocabulaire et grammaire.

Les fondamentaux

Vocabulaire artistique : On trouve le vocabulaire de l’art dans les fondamentaux de ligne, de forme, de couleur et de texture. Par exemple, des lignes et des formes anguleuses indiquent généralement la force, la vitesse, la virilité, tandis que des lignes et des formes rondes sont souvent associées à la douceur, à la lenteur et à la féminité.

Grammaire artistique : La grammaire en communication se définit par le contraste, l’équilibre, l’harmonie, et la répartition. Ce sont les bases de la composition, elles permettent de véhiculer un contexte et d’agir sur les relations entre les éléments de contenu. [2]

« Malgré l’importance de ces fondamentaux, le langage de l’art, de la photo et du design n’est pas différent d’un autre langage. De plus, chaque langage se voit attribuer nuance, style et caractère par celui qui l’emploie, et chaque règle grammaticale contient des exceptions. […] Cependant, aucun langage ne fonctionne sans structure. Les bases de la communication sont toujours pertinentes et nécessaires en tant que points de référence. Les modes de communication créatifs n’ont de sens que dans leur contraste avec les points de référence admis par le plus grand nombre. Ces points de référence trouvent leur signification essentielle grâce au contraste. » [3]

Le contraste

« La fonction du contraste dans la définition du sens devient claire quand on compare deux contraires : sombre/clair, doux/dur, rapide/lent. De tels exemples sont utiles car n’importe qui comprend les extrêmes qu’ils impliquent. Mais bien qu’ils soient extrêmes, ils ne sont pas pour autant absolus. Leurs valeurs sont relatives. […] Par exemple, on considère le guépard comme un animal rapide. Mais comparé à un avion à réaction, un guépard, c’est plutôt lent. Ainsi, dire « le guépard est rapide » n’a de sens que si un contexte approprié est fourni ou sous-entendu. De la même façon, dire que « l’élément X est important dans la photo » n’a de sens qu’à partir du moment où l’importance relative de cet élément et de tous les autres a été établie. Autrement dit, chaque élément d’une photo qu’on conçoit doit être positionné, dimensionné ou encore distingué selon son importance et sa place dans l’objectif de communication général. […] En plus de définir le sens et les relations, le contraste est intimement lié à la perception humaine. Le contraste aide à diriger l’œil. Chaque élément d’une photographie remplit alors un rôle, et chacun de ces rôles tombe sous le coup d’une hiérarchie spécifique. De plus, chaque élément n’est qu’une partie de l’objectif et du message. En utilisant le contraste de manière créative, on peut induire des représentations spécifiques au niveau du sens. » [4]

Le contraste aide à diriger l’œil de l’observateur. Chaque élément d’une photo a un rôle à remplir, et chacun de ces rôles tombe sous le coup d’une hiérarchie spécifique au projet. De plus, chaque élément n’est qu’une partie du message. En utilisant le contraste de manière créative, on peut influencer les compréhensions de l’observateur et induire des sens spécifiques chez lui.

Ainsi de ces photos prises lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris :

Photo # 1 (© Thibault Camus/AFP, 2015)
Dans un contexte banal (nuit, cadre urbain, terrasse de café), le contraste saisissant provient de ce qu’on devine être des corps à même le sol et sous des draps blancs qui les font interpréter immédiatement comme des cadavres.
© Thibault Camus/AFP

Photo # 2 (© Lionel Bonaventure/AFP, 2015)
Le même contexte (nuit, décor urbain) : le contraste provient de ces policiers en tenue camouflée et en progression, laissant interpréter la scène comme “scène de guerre”.
Attentats-Paris-02

Sociologie Visuelle

_________________________
[1] Rutledge, A. (2007), Contraste et sens, trad. de « Contrast and Meaning » par Fay Ste-Rose, 24 avril.
[2] Idem.
[3] Idem.
[4] Idem.

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