Un après-midi de pêche

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Au début de chaque mois de juin, le Parc Chauveau (Québec) longeant la rivière St-Charles s’anime d’une vie toute particulière : c’est la fin de semaine de la pêche. Tous les citoyens amateurs de pêche sont conviés à venir taquiner le poisson, et l’événement connaît chaque fois un franc succès. C’est par centaines que les gens viennent fêter ce printemps trop court, trop heureux de pouvoir enfin goûter au soleil et profiter d’une activité en plein air. Pour le sociologue, tout événement qui réunit des gens est l’occasion rêvée de saisir l’individu dans ses comportements grégaires.

Lorsque le sociologue visuel veut montrer l’individu dans ses interactions, il doit tenir compte de la notion de contexte social. Celle-ci s’articule autour de cinq paramètres : un événement, un endroit, un moment, des acteurs, des interactions. L’après-midi de pêche répond à tous ces critères. La caméra doit donc travailler à repérer et à montrer ces cinq paramètres. Partant de cette prémisse, j’ai donc déambulé dans le parc, surtout près des berges, là où j’étais le plus susceptible de retrouver les pêcheurs. Après avoir fait le tri des photos, cinq éléments sont ressortis : les pêcheurs en groupe ; les pêcheurs isolés ; les pêcheurs regroupés et isolés à la fois, ceux qui ne pêchent pas du tout ; l’équipement servant à la pêche.

▼ La pêche au Parc Chauveau
Activité familiale particulièrement prisée des citoyens qui se tient la première fin de semaine du mois de juin. Il est intéressant de voir comment les gens réagissent entre eux, se regroupant sur les berges de la rivière St-Charles ou s’isolant soit dans une petite crique, soit dans la rivière elle-même.
peche-groupe-05Se promener à travers cette foule bigarrée révèle non seulement la passion que certains ont pour cette activité, mais aussi la stratification sociale qui joue, qui s’exerce en fonction de l’équipement de chaque pêcheur, alors que certains disposent d’un équipement haut de gamme, tandis que d’autres ne disposent que d’un équipement rudimentaire. Il y a aussi toute cette interaction entre les pères et leurs fils ou fille à qui sont enseignés les rudiments de la pêche : accrocher le ver à l’hameçon, choisir le bon leurre, lancer la perche, etc. Autrement, certaines personnes qui accompagnent les pêcheurs en profitent pour passer un bon moment. Plusieurs familles ont apporté tout ce qu’il faut pour faire un pique-nique.

Les pêcheurs isolés
Ce que j’ai surtout remarqué des pêcheurs isolés de la foule, c’est que ceux-ci sont généralement venus seuls avec un équipement généralement de bonne qualité. Ils ne parlent presque à personne, préférant s’adonner à leur pratique en silence tout en cherchant des endroits qui les éloigneront de la proximité des groupes qui se sont formés.

▼ Pêcheur isolé à l’extrémité ouest du bras de la rivière St-Charles à 50 mètres du ponceau qui enjambe la rivière
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▼ Pêcheur isolé dans la première portion du Parc Chauveau tout près du terrain de soccer
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▼ Pêcheur isolé côté sud sous le ponceau qui enjambe la rivière St-Charles
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▼ Pêcheur isolé qui appâte son hameçon côté nord sous le ponceau qui enjambe la rivière St-Charles
peche-solitaire-04La photographie permet aussi de révéler des attitudes qui passeraient autrement inaperçues. De la majorité des photos que j’ai prises des pêcheurs isolés, une constante ressort dans leur posture : ils sont tous debout sur une pierre plane relativement stable, soit sur la berge, soit tout près de la berge, soit dans la rivière. D’ailleurs, les quatre photos précédentes rendent effectivement compte de cet état de fait.

Bien que la photographie puisse rendre compte de la réalité, la vidéo, pour sa part, rend vivante cette réalité. En fait, le sociologue visuel ne devrait pas uniquement s’en tenir à la seule photographie, et faire en sorte que dès l’occasion se présente, de procéder à une captation vidéo des événements et des interactions. Je vous convie à visionner les différents moments que j’ai captés lors de ce dimanche de pêche. Prenez le temps de le visionner, car vous verrez tous les points abordés dans cet article accéder à une autre dimension sur le plan sociologique.

▼ L’équipement de pêche
Le pêcheur a laissé son équipement au beau milieu de la rivière. À remarquer le seau, encore vide après plus de deux heures de pêche.
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La chaise pliante du pêcheur
À deux reprises, le pêcheur que l’on aperçoit au loin est venu s’asseoir pour replacer un ver sur l’hameçon.
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Les déchets liés à la pêche
À la fin de la journée, certains pêcheurs, plutôt que de repartir avec leurs déchets, les ont laissés sur place.
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▼ Un pêcheur isolé sur une roche avec ses enfants
Point de vue à partir de la berge surélevée.
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▼ Autre point de vue sur le pêcheur isolé sur une roche avec ses enfants
Il est pertinent ici de souligner que l’angle de vue de la caméra sur une seule et même réalité offre des perspectives et des lectures différentes.
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▼ Lucarne photographique sur des pêcheurs
peche-solitaire-06 © Pierre Fraser (Ph. D.), 2015 (texte et photos)

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