Êtes-vous en santé ou êtes-vous à risque de quelque chose ?

Aujourd’hui, la santé s’articule autour d’une double insécurité : ne jamais être certain de ce que le futur nous réserve — toujours être à risque d’une quelconque défaillance du corps —, et ne jamais être tout à fait certain que si ce que l’on fait pour se prémunir des défaillances du corps est adéquat et justifié.

Paradoxalement, l’horizon de la peur par rapport à notre propre santé se rapproche toujours de plus en plus, malgré les avancées importantes et majeures concernant les facteurs de risque, la fiabilité des tests de dépistage et l’efficacité accrue des traitements. C’est un peu comme si le fait d’en savoir toujours un peu plus sur notre condition de santé nous rendait de plus en plus craintif par rapport à cette même condition. Conséquemment, nous nous engageons de plus en plus, pour certains, vers des pratiques prophylactiques de toutes sortes — saine alimentation, activité physique, méditation, relaxation —, une médecine de soi-même en quelque sorte, et de plus en plus, pour d’autres, vers une médication dont la finalité n’est plus de guérir, mais de prévenir.

Deux types de prévention de soi cohabitent aujourd’hui. D’une part, il y a tout ce courant du mode vie de sain qui voudrait faire l’économie de la médication, et d’autre part, il y a l’incontournable industrie pharmaceutique, intimement liée à l’institution médicale, qui propose des médications de toutes sortes pour maintenir une « santé normale ». En fait, la santé est à la croisée de deux attitudes qui n’ont rien d’anodines : (i) reconnaître que chaque symptôme du corps est potentiellement un facteur de risque ; (ii) tenter de toujours en savoir plus à propos de sa propre condition. Autrement dit, tout individu qui, aujourd’hui, ne se préoccupe pas de sa santé, qui ne fait pas les démarches nécessaires pour en savoir plus à propos de son état de santé, et qui ne prend pas les dispositions voulues pour corriger son état de santé, est ni plus ni moins qu’un irresponsable envers lui-même.

Concrètement, aujourd’hui, se penser en santé c’est avant tout le signe que l’on porte une attention toute particulière à sa santé et que l’on prend toutes les dispositions nécessaires pour le rester, d’où le développement d’une kyrielle de tests de dépistages d’une part pour identifier les facteurs de risque, d’où la profusion de conseils relatifs à un mode de vie sain fédéré par la modération en toutes choses, une vertu du corps en quelque sorte. Mais cette santé tant prisée, tant recherchée, a un prix à payer : la constante certitude qu’il est possible d’être à risque de développer telle ou telle maladie.

© Pierre Fraser, 2016.

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