Le nutritionniste, régulateur des consciences

La saine alimentation, entre croyances populaires et faits scientifiques avérés
Le rôle du nutritionniste n’est pas innocent. Dès le XXe siècle, au même titre que la médecine et la santé publique, le nutritionniste devient un acteur de la santé disposant de la capacité à émettre des recommandations afin de réguler les environnements potentiellement obésogènes, tout comme de transformer les attitudes pouvant éventuellement conduire à des comportements obésogènes. Le nutritionniste exercerait donc un biopouvoir[1] au sens où l’entend Michel Foucault, à la fois sur les corps et la population par l’intermédiaire de normes édictées à partir de statistiques et de recherches scientifiques en matière de nutrition.

En ce sens, le nutritionniste est aussi un régulateur des consciences et des corps. Régulateur des consciences, dans le sens où manger sainement est présenté comme une vertu, où afficher un corps mince et en santé est aussi synonyme de vertu, d’où exclusion et stigmatisation sociale pour ceux qui n’affichent pas cette vertu à travers leur corps. Régulateur des corps, dans le sens où manger sainement correspond à une image idéalisée du corps initiée au XIXe siècle par Adolphe Quetelet et son indice de masse corporelle : le corps sans excès de poids est symbole de santé.

Par contre, quand on y regarde de près, le taux actuel d’obésité dans la population semble démontrer que, (i) la capacité du biopouvoir du nutritionniste à réguler les consciences et les corps serait plus ou moins efficace, et que (ii) l’individu dispose de la liberté d’adhérer ou non aux normes proposées par le nutritionniste. C’est la démonstration que je m’attarderai à faire dans les billets qui suivront.

© Pierre Fraser, 2015.

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[1] Notion introduite par Michel Foucault dans son dernier cours intitulé « Il faut défendre la société » au Collège de France (1965-1976) et subséquemment développée dans son ouvrage « La volonté de savoir ». (Sources : Foucault, M. ([1976] 1997), Il faut défendre la société, Cours au Collège de France, Paris : Gallimard ; Foucault, M. ([1976] 1994), Histoire de la sexualité, t. 1, La volonté de savoir, Paris : Gallimard, p. 223.)

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