L’individu liquide, l’individu numérique

Le philosophe Zygmunt Bauman a une expression savoureuse pour décrire ce monde numérique dans lequel nous vivons : la modernité liquide. Et c’est bel et bien ce qui est attendu des gens, de la fluidité.

Nous assistons aussi à un autre phénomène tout aussi fluide dans une société de type réseau numérique : l’extinction rapide des compétences. Les technologies changent. Les besoins des consommateurs changent. Les compétences deviennent obsolètes à la vitesse de ces changements. Entre recycler un employé dans la cinquantaine ou embaucher un jeune, le choix est vite fait. Le dernier coûte moins cher que le premier, même si le dernier peut faire défection n’importe quand. Peu importe, il y a, à l’extérieur, un incroyable bassin de jeunes gens compétents. À l’inverse, l’employé de cinquante ans est agaçant. Il pose des questions et veut toujours tout remettre en cause en fonction de son talent, de ses connaissances et de son expérience. En terme de management, c’est dépassé, très coûteux et en totale contradiction avec la logique numérique des connexions et des déconnexions.

Trois dates permettent d’expliquer en partie pourquoi le récit de vie n’existe plus dans une société numérique. L’année 1985 est l’année de la convergence de l’informatique, des communications et de la finance : la mondialisation prend son envol. L’année 1995 est une année charnière : Internet, le réseau des réseaux, fait son apparition. La planète est maintenant interconnectée. Tout le monde veut être sur le réseau. Tout le monde est désormais en réseau. Les capitaux circulent dès lors librement à une vitesse affolante. Les échanges commerciaux s’accélèrent de façon exponentielle. Le commerce électronique devient réalité. On vient de compresser le temps comme jamais auparavant. C’est aussi le début de la déconstruction de la société de type structure au profit de la société de type réseau numérique. L’année 2005 vient marquer l’arrivée des médias sociaux qui vont sceller la mise en réseau de la société numérique et des individus. Impossible de revenir en arrière. La société est maintenant de type réseau numérique. Et la conséquence majeure de cette mise en réseau intégrale, c’est la prise en charge de soi-même par soi-même. Il faut être l’entrepreneur de sa propre vie. S’en remettre aux autres n’est plus une solution acceptée ni acceptable.

© Pierre Fraser, 2016

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