Midi-conférence : la haine du gras et la société lipophobe

Date : jeudi 6 février 2014. Heure: 11 h 30. Local DKN 2459 ; Université Laval.

Plus que tout autre phénomène, la graisse incarne et fusionne toutes les peurs émanant du corps et de tous les aliments jugés malsains. La graisse est non seulement au centre d’une incertitude collective, mais elle est aussi vigilance accrue de soi, vigilance elle-même constamment alimentée par la recherche scientifique, la santé publique, les spécialistes de la santé, les nutritionnistes,l’industrie de la perte de poids, l’industrie de la remise en forme et le complexe agroalimentaire. Depuis la Renaissance, une constante émerge : l’aversion envers le corps obèse. Une idéologie fédère cette aversion : la contenance et la gouvernance de soi édictées en règles au XVIIe siècle par la morale puritaine. Une stigmatisation découle de cette morale puritaine et traverse également le temps : le manque de volonté de la personne en excès de poids. Deux moyens de régulation du corps persistent depuis le XVIIe siècle : la réduction de la prise alimentaire et l’augmentation de l’activité physique. Ce qui distingue le XXe siècle des siècles précédents tient en deux idées : la responsabilité de la santé est de plus en plus du ressort de l’individu ; l’aversion non plus seulement envers la graisse qui se développe dans le corps, mais aussi l’aversion envers la graisse qui se retrouve pernicieusement cachée et enfouie dans les aliments.

Conséquemment, avec l’épidémie d’obésité déclarée en 2004 par l’OMS, la graisse est devenue un cri de guerre et de ralliement, le casus belli du nouveau siècle…À mon avis, et cet avis n’engage que moi-même, la guerre contre le gras et la calorie entre aussi dans ce que j’ose définir comme un processus de dindification, c’est-à-dire, cette propension de la très grande majorité à adopter une pensée toute faite, donc à laisser tomber son esprit critique. Je m’explique : quand les médias font des titres à partir de recherches scientifiques, ils le font généralement pour attirer l’attention du public. Ainsi, pour les médias, la prévalence l’obésité au Québec serait de l’ordre de 30%, ce qui est faux, car les médias incluent dans ce pourcentage, à la fois les gens en surpoids, en embonpoint, en situation d’obésité effective et en situation d’obésité morbide. Partant de là, rares sont les citoyens qui départageront les faits, acceptant ainsi de facto une pensée toute faite.

Par exemple, en 2011, un internaute québécois, un certain Renart Léveillé, a dit qu’il n’y avait que moi qui n’était pas dindifié, ce qui m’a fait bien rire. Chose intéressante par dessus-tout, je lui ai signifié, à l’époque ceci : « Bonjour Renart ! Génial ton analyse me concernant ! Et j’y souscris en bonne partie et avec le plus grand des plaisirs ! D’ailleurs, comme je le dis si bien dans mon livre, je suis un épistémocrate : c’est-à-dire que je doute de mon propre savoir, ce qui fait que, effectivement, je suis la dinde en chef !!! Et je suis joyeusement dindifié !!! Petit bémol : me classer à droite est faux, tout comme me classer à gauche, ou au centre, ou quelque part sur cet axe est faux. Je ne m’oppose à aucun des discours que nous proposent tous ceux qui ont des idées et des valeurs à proposer. Je me pose une simple question : « Quel est l’impact sur nos vies et notre société lorsque nous adhérons massivement à un discours ? » C’est la seule démarche à laquelle je souscris. Le reste, n’a pas d’importance, ou si peu !!! »

Au final, c’est que, peu importe la formation scientifique dont on dispose, personne n’est à l’abri d’accepter de facto une pensée toute faite, même pas celles qui concernent tout le phénomène social de la lutte contre l’obésité.

© Pierre Fraser, 2014.

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